{ novembre 1999
Amazone 99, cest la traversée de lAmazonie brésilienne à vélo.
Loin de lexploit sportif, le but de ce voyage est de ramener des images et des sensations. Le vélo est un moyen de transport et un mode de communication. Chargé de matériel pour dormir, shabiller, manger, survivre, il transporte également un studio multimédia : appareil photo numérique, ordinateur portable, mini-disk, carnet de croquis et autres batteries et accessoires.
Je pars rejoindre trois garçons, dont deux sur la route depuis le début de lannée, profitant de leur expédition pour réaliser la mienne
suite
Rio Branco
|
|
{ 4 novembre 1999
Erwan, mon journaliste de cousin, a pris deux jours davance sur ses compagnons de route pour arriver à temps à laéroport de Rio Branco. Il ma fallu à moi aussi deux jours de voyage depuis Paris pour enfin atterrir sur cette petite piste arrachée à la végétation de la forêt Amazonienne.
Nous récupérons mes bagages, et plus difficilement mon vélo que personne à laéroport ne semblait avoir aperçu, ce qui occasionne une certaine tension lorsque lavion redécolle, puis enfournons tout mon bazar dans un taxi qui nous dépose dans un petit hôtel pourri de la ville.
- Pourri ? Il est pas pourri cet hôtel ! me répond Erwan.
Daccord, il nest pas trop pourri, nous avons les toilettes et une douche dans la chambre, un ventilateur au plafond, et la compagnie dune grosse araignée aux longues pattes qui se balade sur les murs décrépis. Le matériel, sacs, vélos, ordinateurs, appareils photo, est partout. Tout simprègne de la moiteur ambiante, il fera toujours très chaud et tout sera toujours humide.
Je décide de ne pas dormir du côté de laraignée.
{ 5-6 novembre 1999
Mes premiers jours se passent entre lhôtel et les rues animées de Rio Branco. La diversité physique des gens est étonnante, on sent tous types dorigines qui se mélangent et se côtoient.
Je prends mes marques, organise mon matériel, travaille sur mes premières images, macclimate. Nous attendons larrivée de Raphaël et Laurent, respectivement journaliste et photographe, qui doivent nous rejoindre dun jour à lautre. Erwan a dégotté une liaison internet à lécole de langue, proche de lhôtel, mais la connexion est mauvaise, et la plupart de ses tentatives infructueuses. Internet nous sert à communiquer avec nos contacts, partenaires, et proches, mais aussi à nous fixer des rendez-vous en cas de séparation.
Cest en quelque sorte notre Quartier Général.
La gentillesse de chaque rencontre est incroyable, la moindre de nos questions est accueillie avec le sourire et la porte semble toujours grande ouverte. A force darpenter la ville à la recherche dune connexion plus stable, nous nous retrouvons dans une agence de voyage qui nous laisse disposer de son bureau et qui,
au moment où nous prenons connaissance dun message de nos compagnons, nous fait part de leur présence chez eux peu de temps auparavant.
Alors que nous repartons à lhôtel, Raf apparaît au détour dun café.
{ 7 novembre 1999
Hier, les garçons ont fait un reportage radio pour leur émission hebdomadaire dont Michel, autrichien venu sinstaller ici pour défendre la cause de la forêt amazonienne, était le principal invité.
Aujourdhui il nous invite à déjeuner chez lui, en compagnie de sa femme et de deux amis. Cest pour nous loccasion de découvrir le Bereimbal, instrument principal de la Capoeira.
suite
Rio Branco ->Porto Velho
retour au début de page
|
{ 8 novembre 1999
Départ, direction la transamazonienne. A la banque de Rio Branco, une équipe TV nous intercepte pour prendre quelques images.
- Bonjour, vous êtes qui ? Vous faites quoi ? Vous allez où ?
Les garçons se chargent de répondre. Ils ont lhabitude me disent-ils, ce sont les questions que tout le monde pose.
Ils viennent dUshuaïa, sauf Laurent qui les a rejoints à Cuzco, au Pérou. Depuis onze mois ils sexpriment en espagnol et doivent maintenant sadapter au portugais, ce qui na pas lair si simple. Ma connaissance de lune ou lautre des deux langues est beaucoup trop approximative pour intervenir au sujet de cette expédition dont je ne fais, de toute façon, que temporairement partie.
Re-départ.
A la première station-service dans laquelle nous nous arrêtons pour vérifier la pression des pneus, une seconde équipe TV nous interpelle pour faire également un reportage
re-questions, re-réponses.
Re-re-départ.
Cette fois nous quittons la ville. Tous les quatre, chargés comme des mules. Les garçons transportent chacun entre 70 et 100 kilos de bagages et matériel divers, leur permettant de survivre à tous les temps dans toutes les contrées, leur projet étant datteindre Fairbanks, au Nord de lAlaska, si possible avant lhiver, les ours et les tempêtes de neige. Je me contente amplement de mes 35 kilos, chargés à larrière, qui rendent le contrôle de Bijou, mon vélo, suffisamment aléatoire pour linstant.
La route est relativement plate, ponctuée de nids de poules et autres gros trous, et le soleil cogne dur. Les véhicules qui nous dépassent nous klaxonnent et nous lancent des signes amicaux. Nous faisons des haltes régulières, pour reposer les muscles et nous retrouver, car chacun roule à son rythme ce qui disperse notre colonie le long de la route. La chaleur est omniprésente, et lorsquau creux dun vallon une auberge dotée dun lac se présente, la baignade est de circonstance. Plouf ! personne ne prend la peine de retirer sa tenue de cycliste.
Quelques kilomètres plus loin, nous tombons sur un bar-cabane, isolé au bord de la route, et décidons avec laccord du tenancier dy rester pour la nuit. Nous avons fait 40 kilomètres depuis Rio Branco. Erwan accroche son hamac et sa moustiquaire dans un coin, et jimite Raf et Laurent qui installent leurs sacs de couchage directement sur le sol. Le sommeil ne se fait pas attendre.
Mais la nuit nest pas de tout repos, jouvre un il pour apercevoir les deux garçons qui montent la tente
La tente ? Sous le hangar ? Raf me propose sa moustiquaire, je lui réponds non, non, merci et me rendors. Il y a bien des bêtes qui font bzz, scrrrrr, ou gzgzgz mais bon, pas de quoi se relever. Jusquau moment où un insecte plus bruyant que les autres me réveille à nouveau
pas très rassurée cette fois, car je ne discerne plus que les silhouettes de mes compagnons sous leurs voilages. Limpact bruyant sssshhhhTock contre mon sac de couchage fini de me décider. Debout ! trouver la corde dans le sac
! La lampe de poche entre les dents, déballer la moustiquaire, passer la corde par-dessus une grosse poutre, y fixer un contre-poids dun côté et la moustiquaire de lautre
pour enfin pouvoir me reglisser dans mon sac à viande, abritée, dans ma maison
cette fois, je dors !
Le lendemain, je retrouverai un gros gros insecte entortillé dans le filet.
{ 9-10 novembre 1999
Hier matin, un nuage est tombé dans la forêt. Jusquà maintenant ils restaient au-dessus de nos têtes, mais il est évident que lorsquon nen distingue plus les contours, cest quon est en train den traverser.
Au crépuscule, nous sommes arrivés dans un restaurant où nous avons demandé lhospitalité. Je suis transie et détrempée, et les courants dair qui traversent toute la nuit la bâtisse en bois narrangent pas ma fièvre. Nous avons roulé 70 kilomètres dans la pluie, le froid et le vent.
Ce matin, le temps est toujours aussi froid et humide. Le soleil écrasant me manque. Au départ de notre halte de midi, laxe arrière du vélo de Laurent déclare forfait. Nous ne nous rendons compte de labsence de notre compagnon quau bout de 13 kilomètres. Un camion arrive à notre hauteur et nous confirme avoir vu un cycliste immobilisé. Raf et moi décidons de continuer jusquau village suivant pendant quErwan fait demi-tour pour prêter main-forte à Laurent. A la nuit largement tombée, ils finissent par nous rejoindre, soulagés, et nous passons une nuit enfin claire et sèche à Extrema. 74 kilomètres.
{ 11 novembre 1999
Le soleil est de retour, nos vêtements peuvent enfin sécher, pendant la pause nécessaire à Laurent pour faire réparer son vélo dans le village. Son essieu arrière a lâché la veille, et il a du finir létape en pick-up-stop. Puis nous reprenons la route. Route vallonnée comme depuis plusieurs jours, une colline en cache une autre puis une autre puis une autre
Souvent, après 30 ou 40 kilomètres, leffort devient pénible, mais jai fini par trouver une technique : arrêter de penser à ce que je suis en train de faire (pédaler) et ne pas regarder le haut de la colline (cest très difficile). Pour ne pas regarder le haut de la colline, je fixe, à lavant de mon vélo, un petit livre avec les conjugaisons des verbes portugais, et je potasse en me disant que je tournerai la page sur la crête
Mais arriver en haut de la colline et se laisser filer à toute vitesse le long de la pente qui suit, découvrant une nouvelle vallée le nez au vent, est un tel plaisir que le plupart du temps jen oublie de tourner la page et travaille à nouveau celle de la colline précédente. Jaurais fait plus de progrès en vélo quen portugais pendant ce voyage
Les derniers kilomètres se font à la nuit tombée. Le forêt sest rapprochée de la route, tentant par endroits de récupérer son territoire, et telle les Sirènes dUlysse elle nous chuchote et nous chante des mélodies envoûtantes
des yeux brillent partout, des lucioles vacillent, nous roulons à pleine vitesse, grand plateau, pour rejoindre létape au plus vite. Les odeurs grandissent et tout mon corps est attiré par cette masse noire dont les branches tentent de nous attraper au passage
La station-service surgit enfin et nos quatre vélos y font une arrivée remarquée, entre rires et dérapage final. Le dîner est copieux et chaleureux, et le gérant insiste pour nous offrir sa chambre, quatre murs et un hamac, dans laquelle nous nous entassons pour la nuit.
70 km aujourdhui.
{ 12 novembre 1999
Au petit-déjeuner (le café est systématiquement très sucré, toujours et partout), le gérant de la station-service nous parle dun cobra manifestement dune taille spectaculaire.
- Un cobra ? mais de quoi il parle ? il ny a pas de cobra en Amazonie !.
Le cobra en question est en fait un boa (qui se dit cobra ici) quun voisin a abattu la semaine dernière pas très loin dici. Il mesurait 11 mètres de long et avait avalé un crocodile. Nos fantasmes vont bon train :
- Timagines létat du bestiaux si ça fait une semaine quil pourrit avec la chaleur quil fait ? me lance Erwan.
Nous arrivons chez le voisin, qui file dans son garage et en ressort avec un petit paquet quil déroule dans le jardin. Il a soigneusement découpé lanimal et tanné la peau qui en séchant sest réduite à 9 mètres, et envisage de se faire tailler de belles paires de bottes !
Nous pédalons jusquau Rio Madeira, tout près de la frontière bolivienne, et nous empruntons le bac pour atteindre lautre rive.
Une ville toute en longueur lui fait suite, et sétale de chaque côté de la route, les brises-vitesse nempêchant que modérément les camions daller trop vite. Une locomotive échouée regarde la caravane passer.
La route nous amène en fin daprès-midi jusquà un restaurant flambant neuf en forme de château fort, siégeant au milieu de nulle-part. Lacceuil nest pas chaleureux à notre égard, et pour la première fois on nous refuse lhospitalité, même sur la terrasse devant, et de toute façon la nuit on lâche les chiens.
Inutile dinsister. Nous repartons, à la recherche dun endroit pour dormir, mais la nuit tombante rend méfiants les habitants des fermes alentours. Lors de notre dernière tentative nous sommes accueillis par les chiens et le fusil du fermier.
Finalement nous regagnons, le long de la route, une station-service désaffectée et montons le campement sous le toit abandonné. Montage des deux tentes, un petit feu, la gamelle pour faire les pâtes, uriner aux coins du bivouac pour marquer notre territoire, et anti-moustique à volonté. 70 kilomètres.
{ 13 novembre 1999
Je rencontre louvrier de la toute petite scierie pendant que les garçons dorment encore.
Les paysages que nous traversons aujourdhui sont plus sauvages. Moins de champs, plus de jungle, nous franchissons des rivières, au-dessus desquelles de vieux ponts délabrés trônent encore, longeant la route actuelle. On perçoit une ancienne activité industrielle, un bout de rail par-ci, un entrepôt en ruine par-là.
Pendant la journée, Raf et Laurent décident de tenter de rejoindre ce soir Porto Vehlo, notre prochaine grosse étape. Erwan et moi préférons continuer à rouler à notre rythme. Nous nous donnons rendez-vous le sur-lendemain.
Vers 17 heures, un orage débute. Les nuages samassent, le ciel se noircit, et aux toutes premières gouttes il faut que notre équipement soit protégé car le déluge ne se fait jamais attendre. Nayant guère envie de rouler sous la pluie, nous demandons lhospitalité à un homme qui sort en voiture dune ferme.
- va demander à la patronne, elle est gentille dit-il en nous invitant à passer le porche.
Nous roulons le long du chemin qui mène à la maison et sommes accueillis à bras ouverts. Pedro, le maître du domaine, nous reçoit comme si nous nous connaissions depuis toujours, au milieu de sa grande famille et de leurs amis. Nous partageons leur copieux dîner et la paillote sous laquelle sont accrochés des hamacs pour tout le monde.
{ 14 novembre 1999
Nos hôtes sopposent catégoriquement ce que nous reprenions la route !
- Vous allez bien rester un jour ou deux !
- Nous avons rendez-vous à Porto Velho
- Et si on trouve un pick-up pour vous emmener jusque là-bas, demain ?
Bon, daccord, on reste, et ce nest pas à contre-cur. Nous voilà embarqués dans deux voitures, pour aller visiter les fazendas (fermes) voisines, vacciner le bétail, cueillir des ananas sauvages, apprendre tout sur les arbres fruitiers et la technique du brulis. De retour
à la Fazenda Paraïso, quatre poulets fraîchement plumés forment le plat de résistance, et la chaleur étouffante nous emmène jusquau lac de la propriété pour la baignade
Devant la déclaration damour que me fait le gaucho, je me sens très
con-fuse, de par la situation et le peu de vocabulaire dont je dispose en portugais. La prochaine fois je dirai que je suis mariée, ça simplifiera.
{ 15 novembre 1999
A lheure du départ, tout le monde sentasse dans les voitures, dont une spécialement affrétée pour nos vélos, et nous emmène jusquà Porto Velho.
Nous commençons à comprendre. Pedro et sa famille ne sont pas du tout des fermiers, ils vivent et travaillent à Porto Velho, et la Fazenda Paraïso est leur résidence secondaire, dont le gaucho a la responsabilité en leur absence. Il est hors de question pour nos hôtes de nous laisser partir nimporte où, et à peine arrivés dans leur maison, ils nous ouvrent le bureau et la connexion internet pour nos communications. Nous localisons Raf et Laurent qui nous ont laissé les coordonnées de leurs hôtes.
suite
Porto Velho
retour au début de page
|
{ 16 novembre 1999
Installés chez Pedro et Maria, nous nous occupons principalement de nous réorganiser : recharge des équipements et des troupes, grandes lessives, et mise à jour des travaux.
La maison na pas plus de cachet que ses voisines. Elle possède 3 chambres, un salon, une grande cuisine, un bureau, le garage, et la terrasse en béton brut sur la cour arrière. Deux femmes aident Maria à soccuper de lentretien et de lintendance. Pedro et son fils travaillent ici, la belle-fille est dentiste, et la plus jeune va à lécole voisine. La maison est toujours pleine de monde, famille, amis et amis des amis,
et le couvert est toujours de mise
- Vous voulez un jus dAbbacachis ? (en portugais dans le texte)
Un jus dananas, volontiers. Sauf que la mixture est verte.
Et que abbacachis veut bien dire ananas, mais apacachis signifie avocat. Hormis ces quiproquos linguistiques, on mange parfois de drôles de fruits. Comme celui, de la taille dun sac de pomme de terres, avec ses espèces dépines lui donnant un air de hérisson, qui est resté sécher plusieurs jours sur la terrasse avant dêtre ouvert, dévoilant sa pulpe. Ou les cajous, jaunes et rouges, au goût extrêmement amer, qui vous aspirent toute votre salive dès que vous mordez dedans.
{ 17-18 novembre 1999
Raf et Laurent squattent chez deux garçons, ambiance fêtarde, puis orageuse lorsque Raf et Erwan sembrouillent pendant la réalisation de leur émission radio-web-diffusée. Sujet de discordance :
- les Brésiliens brûlent la forêt pour la repousser
- pourquoi tu dis que la forêt repousse ?
- mais, jai jamais dit que la forêt repoussait !
Et cest parti. Bon. Ca fait un petit moment quil y a des tensions, alors laissons éclater
et continuons à faire deux équipes de deux pour linstant.
Nous pensions prendre le bateau pour Manaus rapidement, et avons réservé nos billets au port, mais au dernier moment le capitaine a fait des embrouilles sur les cabines réservées, et sur les conseils de la guichetière nous décidons de prendre le suivant, dans deux jours.
Toute à sa joie de nous garder, notre famille adoptive nous trimballe à travers la ville
Une association gère le devenir des indiens venus à la ville. Elle les incite à conserver leur artisanat, se chargeant de vendre leur réalisations, les loge pour certains et leur offre une éducation.
Visite au zoo. Bon pourquoi pas. Effectivement pourquoi pas. On y croise de drôles de bêtes, serpents, tapir, toucan, crocodile, et ce curieusement agressif mutum volatile au bec dur et rouge vermillon. Lendroit est désert, et les gardiens minvitent gentiment à entrer dans lenclos du jacaré (crocodile) pour prendre une photo de plus près
juste après y avoir lâché 6 ou 7 poulets pour son repas de midi. De près cest plus impressionnant un jacaré.
{ 19 novembre 1999
La journée est studieuse, nous attendons lembarquement du soir.
A 16 heures, sur les rives du Rio Madeira, le chargement du bateau bat son plein. Les caisses sentassent, le pont dembarcation grouille, un voleur se fait chasser à coup de pied aux fesses, leffervescence est partout.
Nous avons réservé deux cabines, pour y être isolés de la multitude de hamacs colorés qui strient déjà le deuxième pont, et les avons immédiatement transformées en studios multimédias.
Une vieille femme attend le départ, en haut, tout à lavant du bateau, et me dit en inspirant bien fort :
- cest comme dans Titanic
Je nous souhaite un autre dénouement. Le bateau part enfin, et la nuit apaise lexcitation du départ.
suite
Porto Velho -> Manaus
retour au début de page
|
{ 20 novembre 1999
Réveil et café outrageusement sucré, comme toujours. La journée sannonce belle. Le bateau ne sest pas arrêté pendant la nuit, et poursuit sa route, à travers la forêt qui défile indéfiniment. Parfois en surgissent quelques pêcheurs ou villages, le long des rives
Vers 8 heures ce matin, nous faisons escale dans un village pour décharger quelques sacs et embarquer des passagers. Japerçois une courbe rose dans le port, qui fend leau un instant avant de disparaître à nouveau. Japprendrai plus tard que cest un inia, dauphin rose dAmazonie. Pour linstant les garçons me regardent dubitatifs, aucun deux nayant rien vu, bien sûr
Au bout dune demi-heure, le voyage reprend son cours, et la forêt sa prestance, les arbres succédant aux arbres, encore et encore. Nous sommes toujours sur le Rio Madeira dont parfois de longues lagunes de sable lèchent les rives, laissant entrevoir quelques cahutes de bois et de palmes.
Le bateau repart, et la journée se déroule tranquillement jusquen fin daprès-midi.
Le vent se lève subitement, et notre bateau pénètre dans un nuage.
Léquipage déploie immédiatement les bâches mettant le deuxième pont, celui des passagers, à labri de la pluie battante, et le capitaine poursuit sa route.
{ 21 novembre 1999
Réveil. Depuis le petit hublot de la cabine japerçois les dauphins roses et gris qui dansent dans leau du fleuve. Jalerte Erwan, qui dort en dessous, mais ne trouvant pas meilleure excuse que celle de ne pas avoir de hublot, il me répond encore que jhallucine. Bon, cest pas grave, café (sucré).
Les passagers jouent aux cartes, lisent, dansent sur le pont supérieur lorsque le DJ y joue de la musique, certains sont curieux de ce que nous faisons, la plupart sen désintéressent. Tant mieux, avec le matériel que nous transportons, nous tâchons cependant de ne jamais laisser les cabines vides.
Un garçon me branche, commençant par me demander si je suis mariée
cette fois je réponds oui, et emprunte la bague dErwan pour être plus crédible, ce qui nempêche pas un passager de me demander lautorisation de me prendre en photo-souvenir.
La journée se passe, entrecoupée dembarcations hétéroclites et de villages perchés audessus des eaux, jusquà la lune presque pleine.
A la nuit tombée, le bateau accoste une ville dont seul un couloir éclairé signale le dock. Des sacs sont déchargés, vite, et le bateau repart jusquau lendemain.
{ 22 novembre 1999
Nous naviguons depuis cette nuit sur lAmazone, beaucoup plus large que le Rio Madeira, dont les flancs sont par endroits striés de roches rouge et ocre contrastant avec la végétation. Tout le monde attend larrivée, dans quelques heures.
Manaus se profile enfin au loin. Lapproche de la ville est ponctuée de gros bateaux et dindustries portuaires. La grande ville
!
Notre bateau se parque au mètre près, de front contre le dock, tout contre dautres bateaux sur lesquels on pourrait aisément transiter de pont en pont. Une vulgaire planche est jetée à lavant en guise de passerelle, et tout le monde descend et se disperse.
Après avoir harnachés nos vélos, nous pénétrons dans la ville
à la recherche dun endroit pour la nuit. Un homme nous reconnaît, pour nous avoir vu à la télévision, et nous donne les coordonnées dun petit hôtel pas cher. Nous préférons tenter de trouver lAlliance Française, ce qui nest pas une mince affaire, et finissons par rencontrer Gina, la directrice-coopérante, qui nous autorise à dormir dans la cour de lAlliance pour cette nuit seulement, mais nous ouvre les lieux pour nos travaux à notre convenance.
Il pleut, jusque sous lauvent dans la cour, mais toute nuit est bonne à prendre.
suite
Manaus
retour au début de page
|
{ 23 novembre 1999
Nous tâchons de glaner des informations et dorganiser le temps que nous allons passer ici.
Après moultes déambulations et questions dans les différents docks, il semble que les eaux soient trop basses en cette saison pour que nous puissions emprunter un bateau jusquà Boa Vista, notre prochaine grande étape. Soit, nous irons en vélo. Raf et Laurent se font héberger à luniversité, dans une chambre bondée, pendant quErwan et moi décidons de nous installer dans un petit hôtel derrière le théâtre. Cest plus cher, mais nous sommes indépendants. Coïncidence, nous y rencontrons Laurent, ressortissant français venu via lAlliance Française pour tenir une conférence sur la Guyane française quil a choisi dhabiter après avoir fui les bureaux métropolitains depuis plusieurs années déjà.
Manaus. Grandeur et décadence.
Architecture coloniale et flamboyante, tombant souvent en décrépitude.
Bruit, foule, vendeurs de tout et de nimporte quoi.
La ville est née au milieu de la forêt lors de la grande époque du caoutchouc, elle a fait des fortunes qui ont construit des rêves fous, avant de tomber, ruinée. Lhistoire dit que des plants darbres à caoutchouc ont été importés frauduleusement en Inde, où les coûts dexploitations moins élevés ont provoqué la chute de la grande ville brésilienne. Les exploitants sont repartis faire fortune en dautre lieux, abandonnant leurs fantasmes aux moins riches. Le secteur est devenu zone franche, pour éviter lécroulement total. Quelques familles immensément riches vivent encore ici, dans leurs sphères, alors quune population un peu paumée et souvent pauvre envahit les rues.
{ 24 novembre 1999
Déambulations dans les rues, la population y est hétéroclite, les gens sont souvent plus abîmés quen dautres lieux de notre voyage. La zone franche habille les trottoirs de gadgets électroniques et de marchands de tous poils. Larchitecture semble parfois encombrer les habitants, qui la laissent tomber en ruine, alors que les grands bâtiments des institutions importantes sont en revanche parfaitement restaurés et entretenus, et leurs couleurs vives illuminent les rues.
Compte tenu du temps qui nous sera nécessaire pour nous rendre à Boa Vista, je décide de repousser mon billet davion de quelques jours.
Nous passons et repasserons au bureau de poste pour tâcher de récupérer un paquet contenant des documents pour Erwan, et sillonnons la place près du port en attendant le développement des photos didentité, faites sous une bâche par un camelot, pour le visa dErwan que nous croyions nécessaire pour quil se rende au Vénézuela. Lendroit est pollué de bruit, de monde, et de gens qui trouvent peut-être dans cette animation un sens à leur existence. Pout tout dire, cest un peu glauque.
A vingt heures le mercredi, le théâtre Amazonas donne un concert. Ce nest pas rien le théâtre Amazonas, les plus grands sont venus y jouer à la belle époque. Puis le théâtre a fermé ses portes, avant quun jeune violoniste nen tombe amoureux et ne se batte pour le faire revivre. La ville se dote maintenant dun orchestre philharmonique, constitué en partie de musiciens venus dex-URSS.
La salle est loin dêtre pleine, mais la magie découter Tchaïkovski, Wagner et Mendelssohn en ces lieux loin de tout est précieuse. Le xylophone qui intervient dans la dernière partie apporte une note surprenante à lensemble et suscite un enthousiasme unanime parmi les auditeurs. Plus tard, quelques musiciens prennent un verre au snack-bar du coin, alors quune violoniste russe en robe de soirée disparaît dans les rues maintenant calmes et noires de la ville.
{ 25 novembre 1999
Nous avons assez vu Manaus la magnifique.
Grandeur et décadence, certes, mais de lautre côté du grand pont se trouvent les favelas.
Drôles de bicoques, faites de bric et de broc, agglutinées les unes aux autres pour mieux se soutenir, elles sont montées sur pilotis pour survivre aux crues de lAmazone.
Un autre port sy trouve, plus petit, différent, bondé également.
On nous regarde déambuler, sans agressivité, sans question.
Pas de route, juste un chemin de terre boueuse.
Les mômes ne sont pas à lécole, et beaucoup de (très) jeunes filles sont déjà enceintes. Pauvreté. Mais néanmoins organisée.
Retour près du centre, et errance vers les docks.
Toutes sortes dembarcations se côtoient. Les iguarapés sont bordés dhabitations sur pilotis qui attendent la saison des pluies qui provoquera une montée des eaux dune dizaine de mètres. Plus loin, des chantiers de construction de bateaux, pour linstant échoués dans lherbe, attendent également.
Lactivité marchande est partout et depuis le port des hommes se passent les fruits de mains en mains, du bateau au camion, du camion au marché.
{ 26 novembre 1999
Plage. Ras-le-bol du speed de la ville, je laisse tout là et attrape le bus 120, direction Ponta Negra, et me glisse dans les eaux sombres du Rio Negro. Leau est vraiment noire, le sable sétend loin, et je retrouve un peu la paix. Petite visite clandestine à lhôtel Tropical, le palace, qui a loriginalité de posséder un petit zoo privé, puis re-bus et retour au centre.
Inévitablement, je me suis fait brancher, une nana toute seule, qui ne parle pas la langue locale, ça doit intriguer, aussi bien le gardien de lhôtel qui ne fait aucune difficulté pour me laisser entrer mais qui aurait aimé me garder plus de temps, ou le chauffeur de bus plus que zélé.
Mes pas memmènent au soir jusquà lavenue Eduardo Ribeiro dont les arbres décorés de guirlandes lumineuses et clignotantes sifflent des chansons de Noël dans une cacophonie déconcertante
une façade de plus à Manaus.
{ 27 novembre 1999
Raf et Erwan ont décidé hier soir de ne plus faire route ensemble. Raf continue sa route vers les Caraïbes, et Erwan décide de poursuivre jusquà Boa Vista avec moi pour y prendre le même avion et rentrer à Paris. Après plusieurs orages consécutifs, la tension est enfin tombée.
La journée est consacrée aux conséquences de cette décision, partage des équipements, billet davion, logistique, et aux préparatifs de notre départ demain matin alors que les deux autres garçons resteront quelques jours de plus sur place, avant de reprendre la route et de récupérer une partie de notre équipement que nous leur laisserons dans un endroit à définir lors de notre dernière étape
.
suite
Manaus -> Boa Vista
retour au début de page
|
{ 28 novembre 1999
Départ vers 6 h 30. Nouveau rythme, à quatre il était toujours difficile de partir tôt, maintenant nous décidons davancer avant les grandes chaleurs, cest-à-dire pendant les deux premières heures de lumière de la journée. Au sortir de lhôtel, mon équipement, pas complètement harnaché tombe au sol. Mais lordinateur est solide et bien calé. Ficelles et en route.
Il nous faut rouler un petit moment pour sortir de Manaus et atteindre le kilomètre 0. Atteindre le kilomètre zéro après plusieurs kilomètres de route nest pas très encourageant mais cest comme ça. Et rapidement, la forêt réapparaît, plus proche, plus grande, plus immergée.
Les roches calcaires creusent des rigoles colorées. Nous traversons plusieurs vallées dans lesquelles sont encaissés des plans deau permettant la baignade. Certains sont même aménagés, et le week-end y fait sy retrouver de nombreuses familles.
Soudain les voitures se mettent à faire un écart sur la route, manifestement pour éviter un obstacle. Alors que nous nous rapprochons, deux hommes sarrêtent, lun se penche et soulève un grosse masse informe, avant de la jeter plus loin, de la reprendre et de la repousser encore. Nous nous arrêtons juste à temps pour voir le paresseux, grosse boule de poils, qui tentait de traverser la route. Il a blessé lhomme qui voulait laider, avec une de ses grosses griffes, et disparaît, assez rapidement pour un paresseux, dans les arbres.
Vers le kilomètre 23, deux pick-up nous accostent.
- vous voulez quon vous emmène ? me demande la conductrice en portugais.
- va faltar con mi primo lui dis-je en lui montrant Erwan, en tête.
Je les rejoins et Nadia, la conductrice, vient vers moi me disant, en français cette fois
- dis donc, tu parles bien portugais !
Tu parles ! Cinq mots
Nadia a vécu 5 ans en France, à Grenoble, pour y faire des études de géologie, son français est impeccable, lui ! Et cest parti, les vélos à larrière, tout le monde se serre à lavant, et la bande de joyeux drilles nous emmène aux cascades de Presidente Figueiredo, où ils se rendaient pour laprès-midi. Belle avancée, surtout que le terrain est loin dêtre plat, autant de côtes impressionnantes que nous navons pas à gravir.
- tu sais, la forêt on lui appartient, quand on est né ici, on ne peut pas vivre ailleurs mexplique Nadia.
Et sur ce, ils nous embarquent plus loin encore, jusquà la maison de Carlinhos Carneiro, musicien et hôte pour cette nuit
Nous voilà déjà au kilomètre 127.
{ 29 novembre 1999
Départ discret du garage-chambre de notre hôte à 5 h 30.
Les oiseaux réveillent la forêt encore enfouie dans son drap de brume. Le soleil se lève, laissant lentement apparaître les arbres, tels des fantômes au fond des vallées. Nous avalons quelques kilomètres avant de nous arrêter au bord dun lac émergeant dun rideau darbres pour y faire une prise de son. Toute la vie se met en route, orchestrée par les cris des perroquets qui sengueulent, comme tous les matins, avant que les premiers véhicules ne viennent gronder sur la route.
Petit problème de pédalier à réparer, au matin cest parfois énervant donc ça prend plus de temps, puis nous repartons. Chaque vallée que nous traversons est plus belle que la précédente. Mais vers 9 heures, les brumes se sont évanouies et le soleil déjà haut commence à se faire cruellement sentir. Dans peu de temps il sera de plomb.
Nous faisons une halte dans une auberge pour déjeuner. Le niveau sonore de la télévision, systématiquement allumée, me pousse à précipiter mon départ. Je préfère rouler que de me laisser assommer par ce bruit. Erwan me rejoint peu après et nous revoilà roulant de concert.
Nous approchons de léquateur, le relief est marqué et la chaleur mépuise, nous faisons une pause à lentrée dune maison pour y demander un peu dombre. On nous offre deux chaises et de leau, et nous restons assis un moment, assistant à la vie ambiante tels des spectateurs.
15 h 30, allez on repart ! Il faut que nous atteignions lentrée de la réserve indienne ce soir. Ses portes ne sont ouvertes que de 6 heures à 18 heures, et la traversée est longue, très longue pour si peu de temps. Nous nous renseignons depuis quelques jours sur cette réserve, et personne ne semble enthousiaste à lidée dy rester coincé pour la nuit.
- il y a des onces
nous dit la femme dun camionneur que nous rencontrons en panne sur la route.
Des onces, ces petits fauves féroces semble-t-il. Ils chassent la nuit.
- il y a quelques années, cest larmée qui faisait traverser la réserve, elle escortait les convois sinon les indiens les prenaient en embuscade. Heureusement que les indiens respectaient encore larmée. Maintenant ça va mieux, ils font payer la traversée de la réserve et laissent les véhicules passer. nous dit un homme.
Bon, ben demain on traverse la réserve.
Kilomètres 203, la Station Service nous refuse lhospitalité et moins que ça
mais 1 kilomètres plus loin, une auberge nous offre le sourire, la douche, et le gîte dans le poulailler.
Et nous sommes tout proches de lentrée
{ 30 novembre 1999
Erwan aborde le premier pick-up qui se présente, et appuyé par la patronne, il parvient à nous faire accepter à bord. Je suis encore sous ma douche quil vient me crier :
- On part maintenant, on a un pick-up !
Packetage accéléré, la journée commence rapide, cest bien. En à peine plus dune heure nous traversons la réserve. La végétation y est presque intacte, abondante et luxuriante, toute proche de la route, reprenant ses droits. Vers le milieu du trajet une espèce de gros village préfabriqué nous regarde passer, et une nouvelle numérotation kilométrique surgit ; au sortir nous sommes au kilomètre 74.
Un peu ébouriffés et contents dêtre passés si facilement, nous nous remettons en route sous un ciel chargé de nuages. La route est presque plate et une brise légère nous aide à franchir quelques kilomètres sans trop de difficulté. Mais la région est assez inhabitée et dans les heures chaudes lombre et les pauses se font rares.
Nous achetons trois noix de cocos fraîches à larbre dun jardin avant de voir le premier panneau signalant léquateur dans 10 km. Puis un deuxième, Equador 5 km. Puis enfin une ligne qui traverse la route. La ligne de léquateur. Ça donne à réfléchir dêtre à léquateur.
Mais il ny a pas une auberge à lhorizon et nous sommes à court deau
à la première habitation un garçon nous ravitaille en fraîcheur directement puisée de son puits à laquelle nous ajoutons nos pastilles antibactériennes, on ne sait jamais.
Plus que 15 km sous une chaleur écrasante, et nous arrivons vers 16 heures à Vila Equador, premier village signalé. 52 km pour aujourdhui, nous resterons ici jusquà demain.
{ 1er décembre 1999
Réveil à 4 h 45, départ à 5 h 30, la température est encore douce et les kilomètres défilent.
Baignade dans un Rio, tout habillés, avant darriver au restaurant suivant pour y déjeuner et faire la sieste. 52 km dans la matinée, sous cette chaleur, cest bien. Mais jécourte la sieste, préférant le vent généré par le vélo au soleil de plomb de limmobilité.
Il se trouve que le vent est également généré par un orage qui se déclare, comme toujours, en quelque secondes, mais que nous esquivons en trouvant refuge dans une maison. Quest-ce quil tombe !
43 kilomètres plus tard, en fin daprès-midi, nous arrivons enfin dans une petite ville, et plantons la tente sur la pelouse de la station-service. Sébastião, le gérant, est accueillant et nous assure que personne ne touchera à nos affaires sur son territoire. De toute façon, la station reste ouverte 24 heures sur 24.
{ 2 décembre 1999
La station est effectivement restée ouverte !
Après une nuit ponctuée de télévision, des camions, de re-télévision, et dun coq insomniaque (impossible de fermer lil), nous nous remettons péniblement en route, en espérant pouvoir passer à travers le nouvel orage qui se profile devant nous
Au bout de 30 ou 35 km, nous voilà à Nova Paraiso, pas particulièrement enchantés par ce début de journée.
A tout hasard nous demandons à quatre hommes venus dans un pick-up jusquà lauberge où nous nous trouvons sils se dirigent vers Caracaraí. Et hop cest parti, tout le monde dans le pick-up et quelques heures plus tard nous avons franchi léquivalent de 3 jours de route plate délaissée par une forêt devenue désertique. Les hommes nous déposent à 50 km de Boa Vista, dans le dernier virage avant le poste de police.
La dernière ligne droite se fait sous une température plus douce ; un orage a éclaté au loin et le soleil commence à descendre.
Nous arrivons à Boa Vista à la tombée de la nuit, trouvons le centre facilement, la ville étant construite en étoile, essayons un premier hôtel avant de nous décider pour un second, plus cher, mais plus accueillant !
suite
Boa Vista
retour au début de page
|
{ 3 décembre 1999
Prise de repères dans Boa Vista.
La ville est organisée en étoile autour dune place qui en constitue le centre. La place est dailleurs plus un grand rond point quune véritable place.
Le quartier commerçant sétend jusquau Rio Branco, tout en préservant quelques espaces calmes. Nous apprécions la piscine de lhôtel, par la chaleur quil fait, entre deux sorties en ville. Et nous rencontrons Marlon, 21 ans, qui parle anglais, et qui rêve de sortir dici. Il nous apprendra plus tard quun de ses frères a été abattu dans des conditions obscures, certainement pour une affaire de drogue.
Lendroit nest pas charmant, les gens assez distants, voire même peu accueillants ou menteurs, même à lhôtel on nous regarde de travers. Le tourisme ne semble pas très développé ici, et la frontière toute proche du Vénézuela doit y être pour quelque chose dans cette drôle dambiance.
{ 4 décembre 1999
Marlon passe nous prendre une heure plus tard que prévu à lhôtel.
Il nous accompagne dans la ville à la recherche dune connexion internet qui fonctionne, le cyber-café ayant quelques soucis pour linstant. Tous les gens que nous avons interrogés jusquà maintenant nous ont répondu ne pas avoir daccès. Marlon insiste pour demander à une petite entreprise qui nous avait envoyé balader la veille. Nous attendons gentiment dehors et Marlon ressort souriant. Mais le patron,
nous reconnaissant nous demande de lui payer la somme exorbitante de 1 réal la minute. Inutile dinsister.
Finalement Marlon nous emmène dans les coulisses du grand hôtel dans lequel il travaille (hôtel qui la veille nous disait ne pas avoir de connexion), et nous allume un ordinateur qui nous permet de consulter lessentiel.
Retour dans notre piaule, et galipettes dans la piscine pour oublier.
Nous cherchons un coin pour dîner et trouvons une pizzeria un peu plus loin. Cest le restaurant de Paulo et Margot, qui seront lune de nos rares agréables rencontres à Boa Vista et qui accepteront de garder le vélo et le matériel dErwan jusquà larrivée de Laurent et Raphaël dans quelques jours.
{ les derniers jours
Latmosphère dans cette ville ne sadoucit guère. Nous prenons notre mal en patience et tournons quelques peu en rond. La télévision, allumée dans chaque boutique, café, restaurant, supermarché, diffuse tous les jours les épisodes dElvira ainsi quune série à leau de rose que tout le Brésil semble suivre intensément et qui captive toutes les attentions.
Le marché au poisson, pittoresque, est lun des plus jolis lieux, et nous allons souvent y passer un moment. Jusquau jour où un type armé nous accoste en voiture dans une des rues avoisinantes
il questionne Erwan - qui ma pressée de m'éloigner tout de suite à la vue du pistolet - sur qui nous sommes et ce que nous faisons, il nous soupçonne manifestement de trafic de drogue
et nous recommande vivement de ne plus nous approcher de ce quartier. Bon, on ne met plus les pieds par ici.
Margot et Paulo, avec qui nous sympathisons, nous emmènent passer une journée en campagne, près dun lac artificiel aménagé en station balnéaire et repaire de pêche. Nous les reverrons ensuite chaque jour, prenant nos repas dans leur restaurant, le seul endroit chaleureux à notre égard.
Un peu plus tard ce sera le départ pour Paris, depuis laéroport de Boa Vista, via Sao Paôlo dans laquelle une escale de 12 heures nous ramènera à la réalité des grandes villes, bruyantes et indifférentes
|
|